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Union Berrichonne du Loiret
                              
Miscellanées autour de la statue de Jeanne d’Arc ornant l’escalier d’honneur de l’Hôtel Groslot
           
 
Nous vous invitons à suivre une série de digressions dans lesquelles apparait un des premiers adhérents de l’Union Berrichonne dont vous pouvez retrouver l’histoire sur notre page Facebook.
 
En ce vendredi 13 octobre 1893 de beaux rayons de soleil d’automne illuminent Orléans. La ville est pavoisée. Sur les tours de la cathédrale flottent les couleurs nationales. Les statues de Jeanne d’Arc sont entourées de mâts aux banderoles et étendards français, orléanais et russes. La plupart des cafés, débits et autres établissements publics sont également pavoisés, quelques-uns, comme ceux de la place du Martroi, de la façon la plus large. Bon nombre d’Orléanais s’associent, par l’exhibition de drapeaux français et russes, à l’allégresse générale causée par le mémorable événement de ce jour. Le travail n’a pas été suspendu pour autant.
En outre, la foule se presse devant la vitrine du bijoutier Berrichon, Jean MANDEREAU, établi au 75 rue Royale. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mais quel événement suscita une telle effervescence ?!
 
Ce jour-là, une division de la flotte russe, dirigée par l’amiral Fiodor AVELAN, débarquait à Toulon pour se rendre à Paris et y être reçue par le président de la République Sadi CARNOT. Les deux pays se préparaient à signer un pacte, visant à renforcer leurs liens commerciaux, mais également à contrer celui de la Triplice rivale, composée de l’Empire allemand, de l’Empire austro-hongrois et du Royaume d’Italie. Quelques mois après le passage de l’escadre russe, le tsar Alexandre III ratifia la convention garantissant une protection mutuelle en cas d’attaque de la Triplice.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cette fraîche amitié suscita un réel engouement en France. La ville d’Orléans n’était pas comprise sur le parcours des marins russes mais voulut toutefois s’associer à l’événement.
 
A huit heures et demie du soir, une retraite aux flambeaux, formée des musiques du 76ème de ligne et de l’Ecole d’Artillerie, parcourut les rues de Bourgogne, du Tabour, des Carmes, de la Porte Saint-Jean, d’Illiers, la place du Martroi et la rue Bannier.
 
Le dimanche 22 octobre suivant, une délégation municipale  se rendit au Cercle Militaire de Paris et offrit une statue de Jeanne d’Arc à l’amiral AVELAN en souvenir de son passage en France.
 
Cette statue, exposée à la bijouterie MANDEREAU, était  l’œuvre de la princesse Marie d’Orléans dont l’original est au musée de Versailles.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La statue.
Haute de 75 cm de haut, elle avait été sculptée en bronze par l’atelier COUTURIER, établi au 21 rue de Gourville, dont elle portait l’estampille.
  1. ANGENAULT, sculpteur et conseiller municipal avait été chargé d’exécuter le piédestal en bois sur lequel reposait la statue. Ce soubassement de 15 cm, en chêne, formait une double corniche dont les saillies fortement accusées étaient séparées par une gorge très profonde. Sur l’embasement courait un rinceau de feuilles de chardon. Sur le devant étaient sculptés les blasons accouplés de la ville d’Orléans et de Jeanne d’Arc. Sur le socle était gravée l’inscription suivante : « Aux marins russes, la ville d’Orléans, 13 octobre 1893. »
 
Une belle copie en bronze orne l’escalier d’honneur de l’hôtel de ville d’Orléans. Elle avait été fondue en 1840 par la maison parisienne SOYER et INGÉ et donnée l’année suivante à la ville d’Orléans par le père de la princesse qui n’était autre que le roi Louis-Philippe.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Marie d’Orléans.
Marie d’Orléans (Palerme 12 avril 1813 – Pise 3 janvier 1839) était la troisième des dix enfants de Louis-Philippe et de Marie Amélie de Bourbon-Sicile. Elle eut un destin original : très vite elle manifesta des dons d’artiste, fut l’élève d’Ary Scheffer et, en sculpture, de David d’Angers. Désireuse d’être reconnue comme une artiste, elle obtint assez vite une notoriété qui n’était pas simplement due à son origine familiale.
Sur les conseils de Michelet, Marie lit en 1834 la Chronique dite de la Pucelle, qui lui suggère sa Jeanne d’Arc à cheval pleurant à la vue d’un blessé. En 1835, Louis-Philippe commande à sa fille une statue en pied de Jeanne d’Arc pour les Galeries historiques de Versailles. Après s’être soigneusement documentée, Marie conçoit une guerrière en armure du Moyen Âge, non pas combative mais abîmée dans le recueillement de la prière. Un sentiment de piété émane de la statue en marbre. Jeanne, figurée debout, l’air humble, la tête penchée, a le visage empreint d’une grande sérénité et d’une grande douceur. Elle serre sur son cœur, les mains jointes, l’épée de sainte Catherine de Fierbois qui prend ainsi des allures de crucifix. Marie d’Orléans a bien senti l’ambivalence de Jeanne, à la fois guerrière (armure,épée) et vierge investie d’une mission divine. C’est déjà une sainte qu’elle a représentée, près d’un siècle avant sa sanctification, et sa statue, reproduite à des centaines d’exemplaires, viendra figurer sainte Jeanne d’Arc dans la majorité des églises de France.
Mais sa carrière tourna court : mariée à 24 ans au duc Alexandre de Wurtemberg, elle mourut de phtisie peu de temps après, laissant un fils.
 
 
 
 
 
 
 
 
Sainte Catherine de Fierbois.
Sainte Catherine de Fierbois est une commune d’Indre-et-Loire.
La légende raconte que Charles Martel, en 732, après avoir remporté la bataille de Poitiers, aurait exterminé les dernières troupes de Sarrasins dans les bois qui avoisinaient alors Sainte-Maure.
Pour remercier Dieu de cette victoire décisive, il aurait fait construire en ce lieu sauvage appelé Fierbois (ferus bocus) une petite chapelle, dédicacée à sainte Catherine d'Alexandrie, patronne des soldats. En ex-voto de purification, il y déposa, derrière l'autel, son épée. Cette histoire de dépôt n’apparaît en fait qu’après l’épopée de Jeanne d'Arc.
Le 23 février 1429, Jeanne d'Arc part de Vaucouleurs pour rencontrer le Dauphin à Chinon. Elle arrive le 4 mars à Sainte-Catherine-de-Fierbois où elle prie devant la statue de la sainte, dans la chapelle qui lui est dédiée. Le 6 mars,  elle se met en route pour Chinon.
Une fois reconnue comme un recours possible par le Dauphin et ses conseillers, elle se rend à Tours pour y récupérer l'armure confectionnée pour elle. Quand on lui propose une épée, elle la refuse en expliquant que « ses voix » lui avaient révélé l'existence d'une autre épée, enterrée derrière l'autel de la chapelle de Sainte-Catherine-de-Fierbois et reconnaissable à cinq croix gravées sur la lame (épée de Charles Martel), lui donnant l'ordre d'aller la chercher pour sa mission.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les fondeurs SOYER et INGÉ.
Les fondeurs SOYER et INGÉ étaient établis au 28 rue des Trois Bornes, à Paris XIe (quartier de la Folie-Méricourt).
Fondeur au sable,  Louis-Claude-Ferdinand Soyer (1785-1854) a été initiateur de progrès majeurs pour le procédé et a fourni toute l’Europe en monuments.
Il commence son activité en 1828. Une de ses œuvres remarquables est « Le Génie de la Liberté de Dumont », pour la Colonne de juillet, Place de la Bastille, en 1835.
Médaille d’or en 1839, Soyer a d’énormes difficultés financières car les travaux de la colonne de Juillet ne lui ont pas été payés. Financièrement acculé il reçoit le marché des bronzes du tombeau de Napoléon, semble s’être livré à des malversations en vendant pour son compte les canons qui lui avaient été fournis comme matière première, afin de combler sa trésorerie en attendant le paiement des bronzes de la Bastille. Conduit par cette affaire à la faillite en 1847, spolié dans le même temps par de récents associés peu scrupuleux et sous le coup d’une saisie conservatoire de la part de l’État, Soyer s’enfuit mais il est retrouvé et condamné à un an de prison. Sa carrière est ruinée, conséquence de l’attitude peu honorable de l’État commanditaire. Il semble avoir tenté de reprendre une activité, mais de peu d’ampleur.Il meurt dans l’oubli et probablement dans une misère retrouvée.
 Ingé est l’associé de Soyer et semble n’avoir été qu’un acteur financier.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Après la lecture de cet article, nous espérons que vous porterez un regard nouveau sur la statue de l’Hôtel Groslot et que vous aurez une pensée pour notre bijoutier Berrichon qui fait désormais partie de son histoire. Vous ne manquerez pas de la reconnaître dans maintes églises de France.
 
 
 
Sources :