Le chant du bocage


 

           

         Photographies  de Jean Jacques Cournut

           Textes de Nancy Huston  et Tzetan Todorov


 

Le cadeau reçu, en marge de la visite à Paris du 25 juin 2017, appartient à la catégorie littéraire des « ouvrages illustrés », c’est à dire à un genre hybride entre le texte littéraire et  l’album photographique.

On a beau être natif berrichon pur sucre de Châteauroux, le choc des images du Berry, sous le regard d’un couple de Français, de nationalités étrangères à l’origine, renouvelle l’expérience comme jamais, depuis les récits et les vues de notre province  par la célèbre George Sand.

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Nancy Huston et Tzetan Todorov, époux pendant trente-trois ans, elle, écrivain franco-canadienne, lui, historien, philosophe, franco-bulgare, ont aimé, et adoré le Berry, et par une alchimie curieuse, font redécouvrir les beautés de nos paysages, et font resurgir les histoires et les mémoires en Berry .

 

Qui sont Nancy Huston et Tzetan Todorov ?

Nancy Huston, militante féministe, romancière, musicienne.

Tzetan Todorov, Chercheur CNRS, historien, sociologue, philosophe.

Un couple de fervents amis de la langue française des traductions, des arts.

 

Nancy Huston est née au Canada, à Calgary (Alberta) en 1953.  Abandonnée par sa mère à l’âge de six ans, une mère désormais absente à la famille composée du père et de deux autres enfants, et qui refait sa vie ailleurs, l’adolescente est anorexique et suicidaire, pleine de traumatisme et d’imagination.

Elle a quinze ans  quand son père s’installe aux USA, dans le New Hampshire. Nancy étudie à Victoria (Colombie Britannique), Cambridge (Massachussetts) et New York.

Elle a vingt ans quand elle arrive à Paris et étudie dans le cours de Roland Barthès, milite au MLF, avant de se tourner vers le roman, en 1981 avec les « Variations Goldberg ».

Mais c’est avec le roman « Cantique des Plaines » refusé par les éditeurs en premier lieu, que Nancy Huston va se révéler dans la double écriture d’expression anglaise et française. Elle traduit son roman en Français et s’aperçoit que la traduction améliore considérablement l’écriture et décide de travailler cette double écriture, usant de la traduction comme une technique qui lui est particulière, et fait d’elle, un écrivain étudié en amphithéâtre universitaire, pour son style  et ses production sur l’exil et les récits autobiographiques.

Son œuvre, prolifique comporte des essais, des documentaires, des « ouvrages illustrés », enrichis par différents artistes ou musiciens, du théâtre, des films, des concerts littéraires, des traductions, des correspondances, des récits, des romans.

Nancy Huston épouse le bulgare Tzetan Todorov en 1979/ en divorcera en 2014/ deviendra la compagne de Guy Oberson, un peintre suisse.

 

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Quelle histoire biographique est celle de Todorov ?

Il est né à Sofia (Bulgarie) en mars 1939, et meurt à Paris le 7 février 2017.

Il a fui le communisme, ce qui explique son orientation humaniste, ses recherches sur le totalitarisme, sur l’enseignement de la langue, les mémoires , les arts, les traductions des formalistes russes et la création de la revue Poétique avec Gérard Genette.

Son œuvre tourne autour des arts et de la démocratie, de la littérature en péril, et de son enseignement.

 

Ce couple, amoureux du Berry, écrit à quatre mains, un texte poétique et curieux , sur notre province du Boischaut sud :

«   En pays de bocage, les exploitations restent séparées. L’habitat est dispersé (…) Les arbres sont isolés ou en ligne : c’est surtout en bordure de champagne que l’on trouve les grandes forêts »

« Voici quelques années, nous avons fait la connaissance de Jean Jacques Cournut, et découvert ses photographies qui disent si bien l’âme de ce paysage. »

 

Les textes de deux exilés – du Canada et de Bulgarie – ne cherchent pas les paysages de leur enfance, mais d’autres lieux :

« Ici, pour l’un  comme pour l’autre : un paysage mystérieux, envoûtant, irrésistible, un paysage qui enserre et rassure, pas la nostalgie du même, mais l’appel du différent, de l’inconnu, de ce qui leur avait manqué »

« Ils sont dans cette région des étrangers, acceptés  mais non assimilés, ils ont rencontré ici, des artisans, des villageois et de ceux qui travaillent la terre.

Ils les ont écouté, ils sont revenus, année après année, et maintenant, ils ressemblent à ces arbres que l’on voit dans certains pays qui jettent au bout de leurs branches une tige, laquelle devient à son tour racine. »

 

Nancy Huston et  Tzetan Todorov ont  participé à la vie du Berry, la vie villageoise, comme littéraire à travers le Grand Meaulnes ou George Sand, mais aussi la vie quotidienne et son journal du « Berry républicain » :

 

« Les brumes sont fréquentes ici, pas de barrière naturelle entre l’océan et nous « mardi, de belles éclaircies le matin, puis le ciel se charge en nuages, parfois porteurs d’averses,

Mercredi, le ciel dégagé le matin, se voile lentement et l’on attend de nouvelles pluies en soirée

Jeudi, sous un ciel nuageux, le temps devient lourd et orageux…..

« Mais qui dit brumes, dit aussi lumières subtiles et changeantes, c’est la quintessence de cette nature. »

 

et leur regard de couple exilé est neuf et artiste plutôt que paysan : les habitants permanents du pays du bocage l’admirent ils autant que nous ?

…...sans doute aiment ils la terre, les champs, le vent, se disent ils : C ‘EST BEAU ! »

 

Mais parce que ces exilés étaient aussi des personnes « engagées » dans la vie des hommes et des femmes de tous les pays et de tous les drames, ils ont aussi enquêté sur nos mémoires de guerre et découvert ce que, nous, les Berrichons, n’avons jamais effleuré que du bout des souvenirs vite refermés .

 

« Avec Annick, notre plus proche amie dans la région, je me suis engagé dans une enquête sur la mémoire locale des années de guerres 1940-1944. Le travail consistait à se rendre dans un premier temps, chez les personnes qui avaient une vingtaine d’années, au moment de la guerre, pour qu’elles nous racontent leurs souvenirs. Ensuite, nous avons retranscrit ces entretiens, les avons regroupés par thèmes, et confrontés à des documents historiques. Cela a abouti à un livre : « Guerre et paix sous l’occupation ».

 

Ce temps et ces rencontres ont marqué le couple dans la vie des gens, les taiseux qui ne parlent pas, ne prononcent pas de discours mais ont ressenti les évènements de l’occupation, de la résistance et de la libération.

 

« Un de nos interlocuteurs, à la fin de l’entretien, a sorti une liasse de papiers jaunis, un texte tapé à la machine, en nous disant ; «  tiens, ça pourrait vous intéresser…. »

C’étaient les Mémoires de René Sadrin, maire de Saint Amand, pendant les années de guerre. »

 

Des pages bouleversantes et inconnues du grand public.

Des représailles et des négociations d’échanges entre miliciens et résistants. Des massacres et des retournements contre des….Juifs. Ils  seront coupables désignés d’avance et raflés le 21 juillet 1944, et trente-cinq parmi eux, seront précipités vivants dans les puits de Guerry ».

 

La durée, le changement dans la vie quotidienne, les spectacles champêtres , les animations, tout dans la vie du Berry, pays de bocage est  dessiné dans le « tout » de la vie des gens que l’on connaît de A à Z, dans une vie de village.

Nancy et Tzetan participent à l’évolution des destinées rurales. Naissance, mariage, maladie, décès ...ils s’attachent à tout du Berry ... et nous offrent leur regard croisé, dans les images dont la beauté est éternelle :

« Qu’aimons-nous dans le bocage, tel que nous le montrent les photographies de Jean Jacques Cournut ?

Un paysage qui semble n’avoir pas bougé depuis le  XIXème siècle, sinon depuis le Moyen Age….

Sommes-nous passéistes, nostalgiques, ennemis de la modernité, conservateurs frileux ? Tout se passe comme si à une certaine époque, l’on était parvenu à établir une relation harmonieuse entre les hommes et les paysages qu’ils habitaient »

 

« Le bocage, c’est une forme de beauté à l’échelle humaine »

« et de cela, nous avons toujours besoin ».

 

Cet ouvrage, « le Chant du Bocage », a été un cadeau, offert par la famille.

Les enfants avaient participé à l’hommage de la communauté parisienne à Todorov, lors de son décès. Un hommage qui avait eu lieu à la Bibliothèque nationale, en présence de Nancy Huston  qui avait fait des lectures, accompagnées de musique, qui avaient suscité beaucoup d’intérêt pour le ….BERRY.

Lors de cet hommage, mes familiers avaient accompagné l’actrice Anouk Grinberg, invitée d’honneur de l‘évènement, qui s’était perdue dans les dédales de l’immense bibliothèque, et que mes enfants avaient guidé jusque dans la salle.

C’est de toutes ces coïncidences….qui ont permis la remise d’un ouvrage particulier sur le Berry, entre mes mains, passionnées autant que littéraires sur le livre  étrange de l’amour  extérieur et nouveau autour de  notre belle province, dont notre association porte témoignage, que j’ai souhaité partager avec les lecteurs de l’Amicale  cet article, dont j’espère qu’il aura apporté connaissances et renouveau d’intérêt pour notre Douce France.

 

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                           9 juillet 2017

           Colette Leborgne -Soupeaux.

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